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Isolation et maîtrise de l’énergieSi les anciens construisaient des maisons agréablement ventilées et adaptées à leur environnement tropical, il semble que les dernières décennies aient effacé ces règles de bon sens. Mais l’habitat « bioclimatique » revient désormais sur le devant de la scène et les secrets d’hier sont nos solutions anti-gaspi aujourd’hui.
Avec l'arrivée de l'électricité et des climatiseurs, les constructeurs de maisons et de bureaux ont cessé de se poser des questions. Ils ont construit du solide, de l'hermétique, du fonctionnel et ont laissé de côté l'intégration de la maison dans son environnement. Résultat, nos maisons sont de grandes gourmandes en électricité et des dévoreuses de climatiseurs !
Car en Guadeloupe, il fait chaud et nous cherchons bien sûr à nous protéger de ce climat éprouvant à la longue. Pour dormir, l'air conditionné s'impose dans bien des maisons, quand on ne le voit pas dans les séjours ou les coins-télé. Dans la journée, les ventilateurs et autres brasseurs d'air tournent également à plein régime et au final, notre facture EDF ne cesse de s'alourdir. De la conception à isolation
Implanter sa maison en fonction des vents dominants, prévoir des ventilations (jalousies) sur les façades exposées, privilégier l’usage du bois, les toitures de couleur claire, autant de solutions pour construire une maison agréable à vivre et économe en énergie. Mais en matière de lutte contre les degrés, une bonne isolation s’impose.
Car, par souci d'économie, certains foyers ou entreprises font parfois l'impasse sur l'isolation de leur toiture. Pourtant, grâce à un bon isolant, on peut gagner facilement 3 à 4° tant dans les maisons que dans les entrepôts ou les bureaux. Et avec 3 ou 4° de moins, on peut parfois se passer de climatisation ou vivre dans de meilleures conditions ! Si la toiture est à isoler en premier, la façade exposée à l'ouest mérite parfois elle aussi une protection car c'est elle qui emmagasinera tout l'après-midi les rayons les plus chauds du soleil. Quel isolant choisir ?
Le plus courant en Guadeloupe est le PSE (Polystyrène expansé). C'est un isolant thermique et acoustique aux performances certifiées. On l'utilise pour isoler les murs mais surtout les toitures et il est recyclable localement en fin de vie.
Dans l’éco-construction, des solutions innovantes sont proposées avec la fibre de coco, le chanvre, le liège ou la laine de coton qui est une alternative végétale aux produits d'isolation classiques et la plume qui possède des qualités d'isolation exceptionnelles et régule l'humidité. Si ces techniques sont désormais bien au point, elles ne sont pas encore disponibles en Guadeloupe. Par contre, il existe un isolant réflecteur disponible sur le marché local et qui bénéficie de l’agrément HQE (Haute Qualité Environnementale). Airflex, ce nouvel isolant, agit comme une barrière thermique réfléchissante avec tout juste 10 mm d’épaisseur. Souple, ininflammable, étanche, écologique, 100 % recyclable, il est parfaitement adapté à nos régions chaudes contrairement à la laine de verre qui se gorge d’humidité. L’habilitation Energie de la Région Guadeloupe
La Région Guadeloupe est la première région de France à obtenir une habilitation en matière d’énergie. C’est-à-dire qu'elle peut désormais fixer elle-même la loi dans le domaine de l'énergie sur son territoire. Le tout grâce à l'article 73 de la constitution.
L’habilitation énergie obtenue par le Conseil Régional par la loi du 27 mai 2009 permet à la collectivité de fixer des règles spécifiques à la Guadeloupe en matière de maîtrise de la demande d’énergie, de réglementation thermique pour la construction de bâtiment et de développement des énergies renouvelables. Ce dispositif, totalement innovant, a nécessité un long processus qui est loin d’être achevé. En effet, aujourd’hui, la Région aidée par le bureau d’études Explicit, spécialiste du secteur, deux cabinets d’avocat et les entreprises liées aux énergies renouvelables planche sur les contours juridiques de nouvelles dispositions. Des dispositions contraignantes qui permettront l’essor des énergies renouvelables sur notre île et la maîtrise de l’énergie. Il est urgent d’agir
Pourquoi est-il si crucial de prendre des dispositions réglementaires sur l’énergie en Guadeloupe ? Car notre consommation galope (+ 13% en six ans avec notamment une augmentation du parc des climatiseurs de +130% en 4 ans) et notre dépendance énergétique ne fait qu’augmenter. Chez nous, les énergies renouvelables ne représentent que 13,6% de la production énergétique, le reste provenant du fuel et du charbon. Pourtant, notre région est pilote en matière de développement des énergies éoliennes, photovoltaïques ou géothermiques. Mais notre demande en électricité est trop rapide et nous devons chaque année importer plus d’énergies fossiles. En posant, comme elle peut désormais le faire, des règles en matière de construction, d’urbanisme, de réglementation thermique ou de développement des énergies renouvelables, la Région pourra donc enrayer cette croissance de nos besoins. « Tout est à inventer et nous sommes quelque part condamnés à réussir » indique Louis Galantine, conseiller régional, membre de la commission « maîtrise de l'énergie ». En attendant, de nombreux DOM ont les yeux rivés sur ce territoire d’expérimentation qu’est devenue la Guadeloupe et suivent de près ce dossier.
Les énergies en Guadeloupe
Les moins :
La consommation électrique de la Guadeloupe augmente de 4% par an soit deux fois plus qu’en France. Le secteur résidentiel représente 40 % de la consommation globale. La facture énergétique de l’île s’élève à 500 millions d’euros par an. Le fuel et le charbon comptent pour 86,4% de la production contre 13,6% pour les énergies renouvelables (éolien : 2,3%, photovoltaïque : 0,2%, hydroélectricité : 1,2%, biomasse : 4,8%, géothermie : 5,1%)*. Le taux de dépendance énergétique de la Guadeloupe est proche de 90% ce qui entraîne une vulnérabilité extrême des approvisionnements et une exposition plus forte aux variations de prix. Les prix de l’énergie sont élevés et la qualité des produits parfois dégradée. Les plus : - La Guadeloupe a été le premier territoire insulaire à accueillir un parc éolien raccordé au réseau. Aujourd’hui, plus de 200 éoliennes sont présentes sur le territoire au travers de 12 parcs éoliens. - les éoliennes développées en Guadeloupe sont les seules a être adaptées au risque cyclonique. Elles s’exportent désormais dans toutes les zones tropicales du globe. - 30 000 foyers sont équipés de chauffe-eau solaires - la première tranche de l’usine géothermique de Bouillante a plus de 20 ans - le photovoltaïque est en plein essor et représente déjà 2 MW*. De plus en plus d’entreprises accueillent sur leur toiture d’immenses centrales photovoltaïque produisant de l’électricité. Le lycée hôtelier du Gosier a également été un précurseur en la matière. - des bâtiments exemplaires répondant à la norme HQE (Haute Qualité Environnementale) ont vu le jour sur l’île (la DIREN à Basse-Terre, le Lycée de Port Louis,…). - La Région Guadeloupe a adopté en 2008 un Plan Energétique régional Pluriannuel de Prospection et d’Exploitation des Energies Renouvelables (PRERURE) ambitieux. Il vise à l’horizon 2020 à une indépendance énergétique de 50% grâce au développement des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie. * chiffres 2006. Mardi 2 Février 2010
Mariane Aimar
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